Au Québec, une armée de paysans bio-leaders en devenir. Un nouvel article d’Opaline Lysiak.

Au Québec, mon réseau agricole naissant m’amène à la Ferme-école du Cégep de Victoriaville, où poussent fruits et légumes bio, fertilisés par beaucoup de créativité, et où germent les projets d’apprentis paysans prêts à conquérir les étals.

Quelques minutes m’ont suffit à prendre la température: l’ambiance est relax ET sérieuse dans la salle de planification ce lundi matin. Les 18 étudiants discutent de leur week-end autour d’une collation offerte par Maya Boivin-Lalonde, coordinatrice de formation et enseignante. A 8h pétantes, Ghislain Jutras, enseignant en charge de la ferme-école, annonce le début de la matinée de planification. Rapidement, une des étudiantes prend le relais pour organiser la semaine: point météo, opérations réalisées sur les parcelles le vendredi passé, messages à faire passer… Aux murs, une série de tableaux blancs permet de structurer les informations.

Seuls ou en équipe, tous en charge de la Ferme 3.0
Après 30 minutes de debriefing, direction les parcelles de la Ferme 3.0, pour faire le point sur chacune des 50 cultures. « Je suis en retard sur mes carottes, théoriquement il devait y en avoir pour le 2ème panier! » prévient une étudiante. Plus loin, on applaudit: les premiers pois mange-tout sont presque prêts! Pendant 2h30 se succèdent une série de « réunions en bout de planche »; on observe, on discute. « Chaque étudiant est responsable de deux cultures dans le petit jardin et d’une parcelle dans le moyen jardin et présente son diagnostic aux autres en début de semaine » m’explique Ghislain. Toute l’équipe – profs inclus – peut ainsi être au courant de l’évolution des plantes qui, en ce début d’été, poussent à toute vitesse. Moment idéal aussi pour questionner les profs sur les aspects techniques à approfondir. « Est-ce qu’on peut appliquer notre propre purin sur des tomates bio? »

Il existe 10 CEGEP* agricoles au Québec, celui de Victoriaville est le seul à proposer une formation reconnue en bio. Le bloc ferme-école permet aux étudiants, en 2ème année, d’intégrer leurs connaissances; ils ont déjà eu une phase d’initiation théorique aux concepts de base pour gérer une ferme bio: agronomie, économie, gestion… La 3ème année est la phase d’application au cours de laquelle ils montent leur propre projet. Depuis sa création en 2003 la ferme en est à son troisième emplacement, d’où le nom de Ferme 3.0. Elle a évolué dans son contexte: situation de l’agriculture, attentes sociétales… et aussi [ ?] personnalité des enseignants. Lorsque Ghislain commence à y enseigner en 2009, c’est paré d’une belle expérience: maraîcher, globe-trotteur agricole, enseignant à l’Université de Laval… et récemment, il a pris une année pour se perfectionner dans une ferme-école aux Etats-Unis.

Ghislain n’a pas été que prof. Il connaît le métier de l’intérieur. « Je vois 4 enjeux pour mes étudiants: l’accès à la connaissance, au capital, à la terre et au marché » résume t’il. Et pour répondre à ces enjeux, la formation est organisée autour de 3 piliers/objectifs pour les étudiants:

1) Ils vivent un cycle complet de production, de la production sur toutes les saisons à la commercialisation. Ils expérimentent un panel de productions: légumière, fruitière, apicole, et un peu de grandes cultures.

2) Ils testent différents modes de production, de peu à moyennement mécanisés, et à une diversité de mise en marché, de la vente directe aux circuits-longs.

3) Ils « vivent » différents niveaux de responsabilité: de l’ouvrier au gestionnaire, et prennent de l’autonomie. « On pourrait disparaître en fin de saison et la ferme tournerait sans nous ! » Ainsi, plus la formation avance et plus l’équipe laisse la responsabilité aux étudiants d’organiser les journées sur la ferme-école. Dans la vidéo suivante, Mathias, étudiant, explique ce qui fait l’originalité de la formation :


Produire des légumes façon « bio intensif » au Québec
Le bloc de formation « ferme-école » s’étend sur 38 semaines, de janvier à octobre. L’hiver est consacré à la planification de la production, dans le temps et l’espace, et aux semis sous serre. Printemps 2018, notre promo de futurs entrepreneurs inaugure un premier cycle de production bio sur une parcelle où, en avril, il n’y avait encore rien. Sur la ferme-école il y a 2 déclinaisons: le petit jardin n’est pas mécanisé, le moyen jardin autorise le machinisme agricole. Plus précisément, le petit jardin est sous régie en « bio intensive » à l’image du système de Jean-Martin Fortier, connu pour avoir développé un modèle de ferme sans tracteur qui permet de nourrir 200 familles avec 1 ha. Aux étudiants de se forger leur opinion, de voir ce qui leur convient le mieux. Mais plus loin que l’application de connaissances théoriques sur le terrain, ils doivent aussi adopter la casquette du maraîcher-chercheur de terrain, qui expérimente pour s’adapter à un contexte qui change ultra-rapidement. « Dans le module R&D, les étudiants mènent des mini projets de recherche sur les parcelles qu’ils suivent » m’explique Maya. Ils peuvent aussi faire des propositions de nouvelles cultures. Certains [tous en fait] vont jusqu’à créer des comités thématiques, qui, encadrés par les profs, peuvent perdurer d’une promo à l’autre. Le gingembre en serre est testé par le comité exotique; la dernière vidéo de la page Facebook a été produire par Mathias, du comité communication et sensibilisation citoyenne. Une parcelle agroforestière a même été plantée l’an dernier. [Pour être précis, la parcelle agroforestière ne fait pas l’objet du travail d’un comité. Elle a été implantée dans le cours d’agroforesterie à l’automne précédent]

11h, retour en salle. Il y a du mouvement, on est curieux, on est actif, on sort une pomme ou un snack rapide avant de passer à l’action, dans les champs. Deux étudiants sont en charge de noter sur les tableaux nommés « petit jardin » et « moyen jardin » les actions pour la semaine, par ordre de priorité. On est fin juin et il faut s’activer: alors qu’ailleurs au Québec la majorité des étudiants partent en vacances, les nôtres ont un planning d’agriculteurs. La période la plus dense et intéressante, pour les cultures et la vente, est à venir, pas question de partir en vacances en été ! Les légumes produits par nos jeunes agron’Hommes maraîchers commencent à être connus par la population de Victoriaville et des environs. Ils sont commercialisés en circuits courts – kiosque du CEGEP, paniers, marché virtuel, épicerie et restaurants – et en circuit long via un distributeur spécialisé dans les produits « santé ». Là aussi, il s’agit d’explorer une diversité de mises en marché.

En fin de journée, tout le monde est cuit, et heureux. Il a fait chaud, les légumes rayonnent. En fin de saison, chaque étudiant fait un bilan de la culture dont il avait la responsabilité. «  C’est une sorte de testament, une trace écrite qui compile toutes les observations, réflexions, opérations, expérimentations de l’année. Les étudiants qui suivent peuvent y avoir accès » m’explique Ghislain, alors qu’il m’accompagne à la ferme de Sébastien Angers, où je resterai pour la suite de mon séjour au Québec.

Une demande sociétale
Ce n’est pas évident de conclure en une journée. Mais un indicateur m’oblige à tirer un bilan plus que positif: sur la ferme école, ça sent l’humus et la passion. Le visage des étudiants est 75% du temps illuminé par un sourire rayonnant – peut être aussi parce qu’il faisait soleil ce jour là. Et dans les champs, chez les anciens élèves qui sont agriculteurs « pour de vrai » on ressent aussi les bonnes ondes. Les compétences techniques, organisationnelles et les qualités humaines des enseignants y sont pour beaucoup dans le succès de la formation. Le rôle de chacun, l’organisation de la semaine, des journées, sont bien définis; il n’y a pas de « flou » mais il y a droit à l’erreur du moment qu’elle fait avancer. L’équipe a construit – non sans efforts – un cadre flexible où chacun peut exprimer sa créativité. Un terreau fertile qui permet à des jeunes, ambitieux de sauver le monde à leur échelle, de faire germer leurs projets, et de répondre, munis de grelinettes, de binettes, de créativité et de pragmatisme, à une vraie demande.

Car oui, les Québécois ont faim de local, de bio, et de lien au producteur. Ce que j’ai appris à la Ferme-école du Cégep de Victoriaville, c’est que la liberté et la créativité des étudiants peuvent être égales, voir meilleures, lorsque les enseignants prennent le temps de créer un environnement clair qui permet de les exprimer.

Opaline Lysiak

Plus d’informations sur

*Les CEGEP agricoles sont, en gros, l’équivalent de nos EPLEFPA, combinant formation initiale post et pré-bac, et formation continue.

 

Retrouvez Opaline et Les Agron’Hommes sur YouTube, Facebook.

 

Lire tous les reportages d’Opaline sur Pollen :

  • La pédagogie Danoise appliquée en Pologne, l’exemple unique d’une formation en agriculture bio près de Varsovie.
  • Ma découverte de l’éducation intégrale : grandir en conscience et créer avec les autres.
  • Apprendre à être agriculteur au Japon.
  • Au Québec, une armée de paysans bio-leaders en devenir.

 




Quand des étudiants revisitent le rapport aux savoirs à l’Institut des Régions Chaudes de Montpellier : La vidéo !

Depuis 2013, les étudiants de l’Institut des Régions Chaudes de Montpellier prennent intégralement en charge un jardin en agroécologie. Espace d’investigation pratique, d’initiative, d’apprentissage, de lien social entre eux et avec l’extérieur, ce jardin ne manque pas d’étonner. Géré et animé par les étudiants eux même il n’en constitue pas moins un véritable creuset de réflexion concrète pour tout le monde, et interagit très positivement avec les personnels et les projets de l’institut.

La vidéo qui dit tout !

Jardin-IRC from Institut de Florac on Vimeo.

Ce film présente le déroulement d’un atelier intitulé : « Jardin partagé agroécologique de l’Institut des Régions Chaudes, les étudiants revisitent le rapport au savoir » qui fut organisé au Lycée d’Enseignement Général et Technologique Agricole de Montpellier Agropolis pendant les Rencontres interrégionales 2017 des Directeurs d’exploitation agricole (DEA)-Directeurs d’ateliers technologiques (DAT), référents Enseigner à produire autrement (EPA), Tiers Temps et chefs de projet du Grand Sud sur la thématique :
« Transitions agro-écologiques dans l’enseignement agricole : mobiliser, accompagner, agir et capitaliser ».

 

Découvrez sur Pollen le fonctionnement original de ce jardin collectif et agroécologique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Education nationale : Retour sur la huitième édition de la Journée nationale de l’innovation 2018

Plus de 300 personnes ont participé à l’événement en présence de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation et de Muriel Pénicaud, ministre du travail. Cette journée a permis, comme chaque année de valoriser la capacité d’expérimentation et d’innovation du système éducatif et encourager l’inventivité des personnels de l’éducation nationale.

Vous pouvez retrouver les lauréats de cette huitième édition sur le site eduscol.

Le Top 30 des innovations pédagogiques 2018, en pdf.

 

Également un podcast sur theconservation.com , débat qui réunit des praticiennes de l’innovation à l’école : Isabelle Robin, Amélie Vacher et Nadia Lépinoux-Chambaud.

 

A la fin de la journée, François Taddéi a remis aux trois ministres son rapport : Un plan pour co-construire une société apprenante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Pratiques d’information des 15 – 25 ans et impact des nouvelles technologies, un thèse disponible sur le site de l’IFé.

Voici une thèse intéressante (mais elle n’est pas la seule) disponible sur l’espace Veille Documentaire de l’IFé, l’Institut Français de l’éducation.

Cette thèse de Max MENDOME NTOMA, soutenue en 2016 et délivrée par  l’Université de Lorraine sous la direction d’Arnaud MERCIER, a pour titre :

Transformations des pratiques d’information des jeunes français de 15-25 ans à l’ère numérique : impact des innovations technologiques sur les jeunes

Cette thèse cherche à montrer comment les habitudes des jeunes français en matière de recherche et de consommation d’information (journalistique) ont évolué, ont été transformées et modifiées avec les moyens numériques.

Extraits de cette étude :

Quels changements a-t-on observé ?
  • La consommation de l’information se fait essentiellement par internet (les médias ou réseaux sociaux) même si la télévision occupe une place non négligeable. Elle est davantage utilisée par les jeunes ayant un niveau d’études moins élevé et dont les parents appartiennent à la classe populaire ou à la classe moyenne.
  • Les jeunes abandonnent de plus en plus le support papier au profit du support numérique.
  • La radio est considérablement moins écouté qu’auparavant.
  • Les jeunes ont tendance à délaisser la lecture de la presse papier en faveur de la presse en ligne gratuite compte tenu de la gratuité des informations.
  • La consommation des sites d’information alternative reste une pratique extrêmement minoritaire.

Pour lire la suite… http://veille-et-analyses.ens-lyon.fr/Recherches/DetailThese.php?parent=actu&these=2086

 

 

 

 

 

 

 




Le 17 mai 2018,  l’enseignement agricole de Bourgogne Franche Comté organise une émission WebTV consacrée à la classe inversée.

Le métier d’enseignant et de formateur évolue de façon importante et permanente. Les évolutions sont de différentes natures et peuvent être  liées aux publics en formation, aux programmes, aux différentes rénovations, aux outils numériques…
Dans ce contexte, de nombreux enseignants-formateurs se questionnent régulièrement sur leurs pratiques pédagogiques et cherchent à les faire évoluer pour mieux répondre aux différentes difficultés qu’ils rencontrent dans l’exercice de leur métier. Afin de faciliter les échanges de notre communauté éducative autour de pratiques pédagogiques innovantes, l’enseignement agricole de Bourgogne Franche Comté en partenariat avec l’éducation nationale organise, le 17 mai 2018,  une émission WebTV consacrée à la classe inversée.

Cette manifestation sera animée par Jacques Dubois de la DANE du rectorat de Dijon, avec la participation de Christophe Batier de l’université de Lyon 1 qui proposera une conférence inversée, Sophie Allain de Canopé et Mickaël Bertrand enseignant dans un lycée à Semur en Auxois qui présenteront leurs pratiques et les raisons pour lesquelles ils ont choisis de se lancer dans la classe inversée ainsi que le témoignage d’un élève de l’enseignement agricole impliqué dans cette méthode accompagné de son enseignante. 
  
Il est possible d’y participer à distance en se connectant sur le site canal.eduter.fr
(Les échanges se feront sur www.slido.com avec le code #L688)
 
Ce programme sera enregistré et diffusé par la suite sur le site Canal Eduter canal-eduter.fr

 

 

 

 

 

 

 




Touscaps. Le « serious game » qui peut sauver des vies.

On joue et on apprend. On apprend et on joue. C’est le principe du  » serious game « . Touscaps, accessible en ligne, s’adresse aux élèves, apprentis et stagiaires, mais également aux personnels de l’enseignement agricole. Son objectif ? Éduquer aux comportements et aux bons réflexes face à une situation d’urgence ou de crise.

Un jeu évolutif qui fait appel au collectif

En se connectant à touscaps.fr à partir d’un smartphone, d’une tablette ou d’un ordinateur, le « joueur » intègre une communauté de jeu : son établissement scolaire. Il accède à des connaissances puis accomplit des missions. Son classement individuel alimentera le score de son établissement, car c’est aussi une dimension collective qui est recherchée.

« La notion de « tous ensembles, construisons notre culture de prévention des risques » est un point central du projet« , complète Pierre Clavel. Un classement national des établissements d’enseignement agricole sera disponible et des défis ponctuels créeront une émulation conviviale entre les structures.

Des notions et mises en situation sur des thématiques particulières au ministère de l’Agriculture seront progressivement ajoutées : exploitation agricole et atelier technologique, usage de machines dangereuses, présence d’animaux d’élevage, utilisation de produits chimiques…

 

Davantage d’informations sur chlorofil.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Podcast : « Il n’y a pas d’innovation numérique sans innovation pédagogique »

 

Serge Tisseron s’entretient avec Pascal Plantard, anthropologue des usages éducatifs des technologies numériques.

 

 

Il est beaucoup question aujourd’hui de transformer l’école en donnant une plus grande place aux neurosciences et aux évaluations qu’elles promettent. Pascal Plantard, professeur de sciences de l’éducation à l’Université Rennes 2 et spécialiste des technologies numériques dans les champs de l’éducation, de la formation et de l’intervention sociale, craint un possible processus de médicalisation du traitement de la difficulté scolaire. Il redoute aussi une aggravation de la fracture autour du numérique entre ceux qui savent s’en servir et les autres. Dans le but de cibler des interventions sociales, il propose de repenser ce problème en considérant chacune des catégories de population concernées.

 

Émission de France Culture du 6 avril 2018

 

Le site de Pascal Plantard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Ma découverte de l’éducation intégrale : grandir en conscience et créer avec les autres. Opaline Lysiak témoigne depuis Auroville, en Inde.

   
Opaline Lysiak est enseignante en agronomie au lycée agro-environnemental d’Arras. Elle est partie un an à la rencontre des agriculteurs et enseignants dans 12 pays aux contextes pédoclimatiques, sociaux, économiques et politiques très variés. Elle nous fait part d’une rencontre en Inde avec « l’éducation intégrale ».

  

« Il n’y a qu’une seule façon de vivre, c’est de se connaître soi-même.
Nous sommes ici pour apprendre – pour apprendre ce que nous sommes,
pourquoi nous sommes ici et ce que nous devons faire ».
Mère, 1951.

En passant 15 jours à Auroville en Inde, où je venais plutôt pour rencontrer des agriculteurs agroécologues, j’ai été embarquée dans un torrent d’innovation éducative. J’ai pu rencontrer 2 « pionnières » de l’éducation intégrale, Marie François et Suzie, qui ont installé les premières racines des écoles d’Auroville. Le texte ci-dessus est de Mirra Alfassa, dite « Mère » d’Auroville, qui a posé les bases de l’éducation intégrale, qu’elle souhaitait voir se développer dans cette ville créée au nom de l’évolution de l’humanité en 1968.

Dans cette vidéo j’explique pourquoi je me suis intéressée, pendant mon tour du monde de l’agroécologie à l’éducation intégrale  :
 

L’éducation intégrale est l’une des bases du yoga intégral, développé par Sri Aurobindo. Sans aller dans les détails de cette philosophie, l’idée est d’appliquer le yoga à la vie de tous les jours, et pas seulement de faire du yoga et de la méditation tout seul dans la montagne, déconnecté du monde réel. Le yoga doit être appliqué au travail, à l’école, dans un maximum d’activités, d’où le nom de yoga intégral. Attention ! Il ne s’agit pas de pratiquer des postures de yoga partout où l’on peut; bien entendu la pratique du yoga en tant que tel est une des bases, mais il s’agit d’être pleinement conscient au quotidien afin que chacune de nos actions soit connectée à une vérité, un but intérieur, et pas uniquement le mental. Cela ne se fait pas comme ça et demande de la pratique qui, si elle démarre dès le plus jeune âge, devient évidente.

 

Interview de Marie Françoise: c’est quoi l’éducation intégrale?

En tant qu’enseignante, j’ai l’impression d’avoir une posture qui se rapproche des bases de l’éducation intégrale. Je considère mes étudiants comme des êtres humains et pas seulement des cerveaux à remplir, j’essaye d’adapter ma pédagogie aux capacités et aux « types d’intelligence » de chacun… Mais c’est dur quand on a 30 étudiants dans la classe. Pour faire le point, j’ai rencontré Marie Françoise, aurovilienne depuis 1981. Elle est, à bientôt 70 ans, conseillère d’enseignants.

 Quelle est ton histoire?
Quand je suis arrivée à Auroville je n’avais jamais été enseignante. Je voulais que mes enfants soient libres, aussi libres que moi. Comme il n’y avait pas d’écoles à Auroville j’ai commencé à leur faire la classe. Et puis d’autres enfants se sont greffés. J’ai commencé à enseigner comme ça. Je ne voulais pas du tout être prof – même si l’éducation a toujours été importante. Au bout d’un moment j’ai décidé d’aider ceux qui commencent à enseigner. Observer les classes, on voit tout de suite ce qu’il faut changer.

Comment s’organise le système scolaire à Auroville?
Le « squelette » du système ressemble au système français mais à Auroville il n’y a pas d’examen. Près de 1000 jeunes scolarisés de cette manière. La matinée est en général consacrée aux cours académiques, et l’après midi à l’art, la musique, la danse, les langues, l’éveil de la conscience par le corps, la méditation… Il y a différents types d’écoles. Dans la « Future School », le programme
de l’après midi est créé par les étudiants eux-même. La « Last School » est basée sur le libre progrès. C’est l’élève qui fait son plan de travail. Il y a énormément d’art, de travail en projet.

Un jeu sur la coopération dans une classe d’Auroville – photo: awarenessthroughthebody.wordpress.com

 

S’il n’y a pas d’examen comment les jeunes peuvent-ils répondre aux exigences des employeurs ?
Ceux qui restent vivre à Auroville n’ont en général pas de problème car à Auroville on ne regarde pas les diplômes. Pour ceux qui souhaitent poursuivre leurs études il y a des passerelles avec d’autres écoles pour passer les examens.

Quels sont les principes de l’éducation intégrale?
On doit comprendre que l’on a différentes parties en nous et que ces parties doivent fonctionner en harmonie, alignées. Faire coordonner l’aspiration intérieure avec l’extérieur.

A partir du moment où l’on se respecte – cela vaut aussi pour le prof – cela rayonne sur les autres. Nous devons apprendre à travailler ensemble car nos intelligences se complètent. Un élève n’est pas meilleur, chacun est le représentant d’un domaine. Le travail d’équipe fonctionne quand il y a harmonie car l’énergie est là. Nous n’avons pas besoin de nous comparer, mais plutôt de nous épanouir.

On fait comprendre aux enfants que le monde est comme il est, qu’il faut l’accepter, lui exprimer sa gratitude tout en étant dans une logique de progrès

Comment être un « prof intégral » ?
La qualité du prof dépend de son état intérieur, qui rayonne sur les étudiants. La base est donc que le prof cherche lui aussi à évoluer et conserver une paix intérieure et faire de son mieux. Il doit avoir comme but grandir la flamme, la passion de la connaissance; certains enseignants tuent – à leur insu – la source de créativité, l’énergie qu’il y a dans chaque jeune. Faire confiance aux jeunes, leur confier des missions, ils échoueront et recommenceront. Soutenir le jeune dans ses efforts, être positif, renforcer la confiance en soi; le guider pour qu’il comprenne ce qui fonctionne et pourquoi, les difficultés et leur origine. Prendre en considération le milieu culturel des élèves et en faire un atout pour apprendre. Ce que tu donnes ce sont des gouttes de lumière qui ne sont jamais oubliées.

Considérer qu’il y a différents formes d’intelligence: verbale, logique, spatiale, musicale, interpersonnelle… Et faire en sorte d’ouvrir « les portes d’intelligence » en chaque élève, de les faire émerger à la surface. Intégrer les différents sens et travailler avec: l’auditif, le visuel, le manuel, seul ou en groupe, avec du rythme, en bougeant, avec de la musique.

Quel intérêt à appliquer l’éducation intégrale en lycée agricole ?
En agriculture comme en éducation, pour que cela fonctionne bien et de manière pérenne, il faut que les racines soient là: une plante bien enracinée ou un jeune qui a les outils pour comprendre ce qui se passe en lui. L’éducation intégrale connecte les jeunes entre eux peu importe d’où ils viennent et entraîne le respect de chacun; on développe le respect de la vie, de la terre, de ce qui nous entoure, une gratitude pour ce qui est là. Un élément très important et de leur donner le sens de la beauté et l’envie de conserver la beauté de la nature et de rendre une ferme plus belle par exemple. Cela aura forcément des répercutions sur la vie professionnelle, avec des agriculteurs qui coopèrent entre eux avec un but commun: à partir de sols sains, produire de la nourriture saine ensemble.

Est-ce qu’un jeune de 16 ans peut « accrocher » à l’éducation intégrale ?
Bien sûr cela dépend de l’état intérieur de l’enseignant et de sa volonté. L’enseignant est le moteur de la classe !

Que conseilles-tu aux enseignants de lycées agricoles ?
Avant de se lancer dans des préparations de cours sans fin, se poser certaines questions de base: qu’est-ce que je veux que les élèves découvrent aujourd’hui? Quels moyens j’ai pour faire ce que je veux? Il y a un passé d’enseignement énorme derrière nous, on a déjà beaucoup d’outils et on se focalise sur les outils en oubliant souvent le but ultime de l’éducation. Un exercise d’éveil de la conscience par le corps – photo : awarenessthroughthebody.wordpress.com

 
Interview de Suzie: développer sa conscience par le corps

Suzie est aussi une aurovilienne de longue date; elle a participé aux fondements de l’ATB « Awareness Through the Body » ou Eveil de la Conscience par le Corps, méthode que tous les jeunes d’Auroville pratiquent à l’école. J’ai pu déguster un chai massala à la petite cafétéria située au dessus de la cuisine solaire d’Auroville, et lui poser 2 questions centrales.

Qu’est-ce que l’ATB peut apporter en lycée agricole ?
L’objectif de l’ATB est de prendre conscience de nos différentes parties – corps, cœur, mental, spiritualité – à travers des jeux afin d’être en harmonie avec soi-même et avec les autres. Le jeune va apprendre à aligner son objectif intérieur avec les activités quotidiennes. Dans le domaine de la nature et de l’agriculture c’est essentiel car les décisions que l’on va prendre seront conscientes, en harmonie avec nous-même et donc avec la nature dont on fait partie. Plutôt que de rester sur des considérations superficielles, on entre en soi, on essaye de comprendre l’essence de ce qui nous anime. En cours d’ATB on va donc créer des expériences et essayer de questionner le jeune sur ce que cette expérience a changé en lui, ce qui était facile, difficile, ce qu’il a ressenti…

 Quels conseils peux-tu donner aux enseignants qui veulent développer l’ATB ?
N’importe qui peut pratiquer l’ATB à n’importe quel âge; il faut simplement que l’enseignant soit équipé d’une série d’exercices adaptés à différents âges et surtout de questions précises à poser aux jeunes pour comprendre ce que l’exercice a apporté. C’est très important de poser les bonnes questions en tant qu’enseignant car cela déclenche des réflexions chez les étudiants, qui réalisent ce qu’ils ont à l’intérieur. Cela doit les faire réfléchir sur leur vie et comment ils l’observent, la place de leur mental, de leur égo. Voici 4 exemples; les jeunes doivent être au calme :

1) L’enseignant prend un objet – une/des graine(s), une branche, une pierre, un récipient avec de la terre – et chaque étudiant doit faire une observation sur cet objet. Chaque observation doit-être différente et on peut faire plusieurs tours dans le groupe jusqu’à ce que les idées s’épuisent. Cela demande une grande concentration, une présence, pour pouvoir trouver des idées nouvelles. On regarde l’objet sous un différent angle grâce aux observations des autres et aussi aux idées qui émergent de notre propre pensée. Cela éveille le sens de la beauté.

2) Les étudiants ont les yeux bandés – ou les mains dans le dos – et quelqu’un dépose un objet dans leur main. Ils doivent utiliser leurs sens pour ressentir cet objet. Cela peut-être une plante, une pierre, de la terre, mais aussi des produits agricoles. J’ai fait l’exercice avec une tranche de pain; l’étudiant doit d’abord la ressentir la main à plat, puis utiliser ses doigts pour sentir la texture, il peut ensuite utiliser son odorat puis goûter un tout petit bout. Les étudiants prennent conscience de l’explosion de sens que peut procurer un moment de conscience totale pour découvrir un objet; ils peuvent ensuite faire appel à leur vécu, leurs connaissances pour comprendre comment a été fait ce pain, d’où viennent les ingrédients… Un exercice d’éveil de la conscience par le corps – photo: awarenessthroughthebody.wordpress.com

3) Passer une heure allongé dans une prairie avec la classe, ou une nuit à regarder les étoiles, dans la nature. Le rôle de l’enseignant sera de guider les étudiants sur leur respiration mais aussi de leur poser une ou deux questions avant de les rejoindre dans cette expérience. C’est très simple mais le calme de la nature ralentit les pensées et peut faire émerger de belles choses dans la classe.

4) Si la classe est agitée, proposer aux étudiants des techniques simples pour réduire le stress, et demander aux étudiants s’ils ont déjà leur technique. Ils ont ainsi le pouvoir de gérer leur stress, sans dépendre de quelqu’un. Certains auront besoin de sauter, aller faire un tour dans le couloir, faire des étirements… puis se relaxer. Faire une minute de silence est aussi une bonne méthode en début de cours.

5) S’entraîner à se regarder dans les yeux. L’enseignant peut mettre deux étudiants dos à dos et leur demander de ressentir ce qu’il se passe dans leur dos et aussi dans leurs pensées. Au bout d’une minute le prof dit « regardez vous dans les yeux ». Le prof est là pour observer ce qu’il se passe. Certains arriveront à se regarder longtemps dans les yeux sans gêne, d’autres n’y arriveront pas du tout. On peut ensuite analyser ce qu’il s’est passé ensemble: différence fille/garçon, type de relation (meilleur ami, relation difficile…).

6) Le toucher est intéressant à explorer. Un exercice de base en ATB est de s’asseoir l’un derrière l’autre en tailleurs. L’étudiant qui est derrière pose une main dans le dos de son camarade et essaye de ressentir ce qui se passe à l’intérieur; celui qui est devant essaye de ressentir ce que cette main dans le dos lui procure.

Quelques questions essentielles à poser après un exercice :

  • Comment t’es-tu senti pendant cette activité?
  • Comment te sens tu maintenant?
  • Qu’est-ce qui était le plus dur?
  • Pourquoi c’était difficile?
  • Qu’as-tu appris sur toi-même?

—> Les étudiants peuvent comparer leurs réponses et réaliser la diversité de réponses par rapport à une même question.

 
Pour aller plus loin:

 > Vidéos 

> Sites web

> Livres

  • Sur l’éducation intégrale : An Integral education for growth and blossoming, Fabrice Dini
  • Des idées d’activités pour se connecter à la nature en cours: Sharing nature with children, Joseph Cornell
  • Sur les intelligences multiples: Multiple intelligences, de Kristen Nicholson-Nelson

> Formations

 

 

 

 

 

 

 

 




Comment intégrer l’usage du numérique à un projet de rénovation ou de construction d’établissement scolaire ?

Ce nouveau site, Archiclasse, https://archiclasse.education.fr propose des pistes des réflexion et des outils pour accompagner les collectivités locales, les acteurs de l’éducation (direction académique, directeur ou chef d’établissement, équipe pédagogique, parents, élèves, conseils de vie collégienne ou lycéenne) ainsi que les services techniques dans la définition d’un projet de rénovation ou de construction d’un établissement scolaire.

La démarche a pour ambition de faciliter et d’anticiper les usages du numérique dans l’enseignement et la vie scolaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Salon de l’agriculture, le 1/4h des experts « Les enjeux du numérique éducatif »

Lors du salon de l’agriculture, l’expert de la chronique  » Les enjeux du numérique éducatif » est Thierry Langouët, directeur d’Eduter, institut d’AgroSup Dijon.

Thierry Langouët brosse rapidement les enjeux et les pratiques du numérique éducatif dans l’enseignement agricole, sans oublier la valorisations des innovations et des nouvelles initiatives de Pollen.