Liste des actions

La chasse au badge en EPI Animale pour apprendre en jouant

Institut de Genech, Hauts-de-France

348 Rue de la Libération

 59242 Genech

Tél : 0320845708
Site web : https://www.institutdegenech.fr/
Responsable : Franz DUPREZ – Directeur Général Adjoint de l’enseignement agricole , f.duprez@institutdegenech.fr
Rédacteur de la fiche : Emilie Stien (Institut de Genech), Enseignante de biologie
, e.stien@institutdegenech.fr

DESCRIPTION SYNTHETIQUE DE L’ACTION

L’origine de la démarche…

C’est la participation à un salon sur les pratiques pédagogiques, le « clic 2018 » à paris, où Emilie Stien, enseignante de biologie se rend avec un collègue. Là, elle rencontre une enseignante de français qui travaille sans mettre de notes, en attribuant des badges à ses élèves pour attester des compétences qu’ils et elles construisent.

Ce dispositif séduit Emilie : « Elle, elle a mis trois ans pour en arriver là [un système sans notes]. Moi, je n’en suis pas encore à ne plus mettre de notes, j’ai voulu commencer doucement mais surement en me centrant sur des travaux optionnels pour tester avec des élèves sur la base du volontariat ».

L’idée fait son chemin et mûrit pendant l’été 2018, pour se traduire en septembre par la préparation de quelques activités facultatives pour les élèves de 4ème afin de tester la démarche de badges et voir si nous observons des effets positifs. Enseignante en biologie et sur le module « EPI animal » qui porte sur la connaissance des animaux, Emilie a fait le choix de tester ses badges numériques uniquement sur le module « EPI », avec comme objectifs de créer une situation pour amener les élèves à réaliser des travaux optionnels avec une approche ouverte et ludique tout en les valorisant, y compris dans leur moyenne scolaire.

Testé depuis 3 mois sur les classes de 4ème de l’Institut de Genech, le dispositif fonctionne et réinterroge le rapport au savoir et à l’évaluation des élèves, mais peut-être aussi celui des enseignants !

Les intentions pédagogiques

Si l’idée part d’une pratique (le témoignage de l’enseignante de français au clic 2018), le but de la démarche est de pourvoir trouver des formes pour intéresser le public des 4èmes et 3èmes : « ce n’est pas un public facile, c’est un public qui a du mal à faire ses devoirs et à produire un travail personnel ». Comment trouver un moyen qui puisse être ludique, valorisant, et qui les amène à travailler presque malgré eux ? L’hypothèse est double :

  • proposer des activités un peu différentes des cours ordinaires de biologie et d’EPI animale pour donner envie aux élèves d’en savoir plus en récompensant leur curiosité par l’attribution d’un badge numérique au design valorisant,
  • se donner une possibilité de valoriser certains élèves, en leur permettant de choisir la possibilité de décrocher une validation de leurs connaissances par rapport à un sujet donné par l’enseignante ; Et ce dans un cadre non contraint dans la mesure où l’élève peut refaire plusieurs fois l’évaluation, décide de le faire ou non, etc…

« J’ai trouvé qu’avec ce projet on pouvait valoriser les compétences de l’élève, mais surtout l’élève lui-même, de lui redonner de l’estime de soi. Que l’élève puisse être content d’avoir un badge or, de vouloir recommencer pour en avoir un autre et se prendre au jeu en fait. C’est l’idée de la gamification, comme pour les jeux vidéos (…). Il cherche à réussir et à avoir son badge et pour ça, il s’en rend compte ou pas, mais il aura travaillé des notions importantes du cours ».

Présentation générale de l’action

C’est une démarche d’attribution de badges de compétences numériques qui attestent de la réussite à un exercice, à une épreuve optionnelle que les élèves réalisent à leur rythme.

Les badges «individuels »

Les « épreuves » sont présentées sous la forme de consignes qui donnent le détail de l’exercice, et les modalités d’évaluation sur un site dédié : https://emiliebiologie.wordpress.com/chasse-aux-badges/

Chaque exercice est en lien avec l’enseignement de l’EPI animale et fait référence aux compétences du brevet des collèges (par exemple pour le badge expert du flamand rose : gérer son attention et mémoriser, écouter et repérer des informations, se questionner).

Pour obtenir les badges, l’élève doit cliquer sur un raccourci présent sur sa session informatique, pour aller sur un site internet qui présente les épreuves et héberge les liens vers les ressources sélectionnées pour effectuer le travail à rendre.  Une variété d’activités est proposée, allant du QCM, à la réalisation d’une vidéo, en passant par une affiche où la rédaction d’un texte.

Une fois le travail rendu et corrigé, l’élève obtient un badge « or, argent ou bronze », ce qui correspond à une réussite de 80-100%, de 60-80% et de plus de 50% pour le bronze.

Quand un élève obtient des badges, sa moyenne est augmentée d’un bonus, qui ne peut pas excéder 1,5 points sur la moyenne de l’EPI animale.

Chaque trimestre, les compteurs de « points bonus » sont remis à zéro. Cependant, les élèves peuvent aller rechercher les badges non réalisés puisqu’ils demeurent accessibles. En revanche ; « le niveau d’exigence peut évoluer, j’attends un vocabulaire plus précis en fin de quatrième qu’en début d’année scolaire » sourit Emilie.

Enfin, les élèves ont accès par un identifiant lié à la classe à un espace qui visualise le tableau des badges que chacun a obtenu.

Les badges « collectifs »

Dans le cadre du projet, il y a également des badges relatifs aux capacités de coopération développées par les élèves à l’occasion de travaux de classe par exemple. Ce sont des badges de format « étoile » qui récompensent une attitude positive pour réaliser les taches en cours, par exemple autour de l’écoute, la concentration, la participation, la coopération, etc. … Dans ce cas de figure, le badge est crédité a priori à l’élève, en revanche celui-ci peut le perdre s’il ne satisfait pas à la consigne liée au badge.

Principes généraux

Ce qui est important c’est le volontariat: « je ne voulais pas leur imposer cette démarche. Je veux que ce soit vraiment du plus, pour ceux qui veulent s’investir (…) Le travail optionnel, ils le font ou pas, si ils font les travaux ils peuvent être gagnant et augmenter leur moyenne, et s’ils ne le font pas ils ne perdent rien ».

Les grands principes et objectifs sont du côté des élèves :

  • récompenser l’élève par les badges numériques,
  • valoriser les compétences acquises et les motiver à faire des travaux supplémentaires,
  • donner un sentiment de fierté,
  • prendre plaisir à apprendre de nouvelles choses et à être curieux pour reproduire une expérience vécue comme positive,
  • avoir une démarche volontaire (c’est l’élève qui choisit de faire ou de ne pas faire),
  • de les amener à développer une curiosité scientifique,
  • de donner des points supplémentaires dans la moyenne : chaque badge contribue à apporter un bonus à la moyenne de l’EPI,

Et, plus côté enseignant :

  • c’est de stimuler le travail des élèves en dehors des heures de cours,
  • mais aussi de pouvoir donner à voir les compétences travaillées pour obtenir le badge car elles ont indiquées aux élèves (au regard du référentiel de compétences du brevet des collèges),
  • avoir un suivi visuel pour voir l’engagement des élèves.

Des effets sur les élèves

Le plaisir d’être gratifié par les badges : La qualité des activités proposées et des apprentissages réalisés, mais aussi la carotte !

Pour une part significative d’élèves dans la classe, la stimulation de la curiosité semble porter ses fruits. Nous avons demandé à certains élèves (volontaires) s’ils continueraient de faire la « chasse aux badges » si ce travail n’apportait pas de points supplémentaires à la moyenne, et la réponse est positive, dans la mesure où « ça apporte de la culture générale, c’est utile pour plus tard», « (…)  et puis c’est intéressant », « par exemple, cette année on ne travaille pas sur le panda et il y a des badges et des documents pour apprendre sur le panda ».

L’intérêt de la valorisation des travaux optionnels comme comptant dans la moyenne est toutefois incitatif pour ces quatrièmes qui se disent intéressés « par les deux », à savoir le contenu de ce qui est appris et le bonus dans la note.

L’intérêt de le faire à son rythme : «  par exemple si on commence on va travailler dessus pendant 30 minutes et si on en a marre on s’en va et on le recommence le lendemain ou un petit peu après ». Il est intéressant de noter également les lieux et les temps pendant lesquels les élèves s’adonnent à leurs travaux : en permanence, à la maison, pendant le week-end, quand on a un moment, mais surtout à son rythme.

Une façon de travailler qui est stimulante et positive pour la majorité des élèves…

L’expérience est en cours et très récente, néanmoins il semble que si la plupart des élèves plébiscitent cette activité (et la relation qui se noue avec l’enseignante autour de celle-ci), ce sont les élèves les plus autonomes et qui obtiennent les meilleurs résultats qui ont également le plus de badges et de gratifications. Ce constat est à tempérer car certains élèves s’accrochent, comme « J. c’est une élève qui a obtenu 1,5 points de bonus, elle est passée de 9,5 à 11 de moyenne. Alors c’est peut-être pas beaucoup 11, mais là ça m’a permis de bien la valoriser au conseil de classe en montrant tout ce travail qu’elle avait produit ».

Cette forme, s’il elle apporte des effets positifs, apporte aussi son lot d’interrogations : « on va leur donner un travail à faire pour réviser le cours, ils ne vont pas le faire, en revanche, on leur propose un travail optionnel pour obtenir un badge, ils vont le faire » ; Mais, si on évaluait tout sous forme de badges, feraient-ils feraient spontanément leurs devoirs ?

Mais dont la généralisation à des évaluations sans notes amène des divisions au sein des élèves

Si pour certains, « on devrait en faire sur la biologie aussi » «  en faire sur la puberté ou si la reproduction humaine » « ou d’autres choses, parce que là on est en train d’étudier la puberté, alors ce serait bien d’avoir autre chose aussi », pour d’autres le badge doit rester un espace d’autonomie, une activité optionnelle, qui se fait à son rythme, comprendre sans pression et sans stress : «  que des badges, ah non, ce serait abuser ! Non… c’est trop… c’est bien, c’est pas ça le problème. Mais je pense surtout que ce serait naze en fait… ce serait, je sais pas, ce serait… C’est pas un truc que verrais en math par exemple. Pour les maths, c’est mieux de faire cela en cours. C’est un peu comme histoire géo, c’est des cours qu’on retrouve dans les collèges ordinaires. Alors que là c’est différent avec cette matière EPI animal, on apprend des choses sur la nature. ». Un peu comme si le fait de coller aux connaissances du cours amenait un enjeu et une pression négative chez ses élèves ?

Les badges collectifs attribués par l’enseignant ont-ils la même valeur ?

Lorsque nous les interrogeons, les élèves mettent du temps pour se rappeler qu’il y avait deux types de badges (badges individuels portant sur les connaissances en EPI et badges attestant de capacités relationnelles éprouvées en collectif), pour valoriser les coopérations. Or, comme le dit une élève « Ah oui, c’est vrai, j’avais oublié ceux-là ! ». Est-ce que cela signifie que ces badges attribués à l’initiative de l’enseignante n’ont pas tout à fait la même valeur aux yeux des élèves ? Où qu’il est encore difficile pour eux d’attribuer une valeur au fait de coopérer, savoir écouter les arguments des autres, etc… car ce sont des notions encore abstraites ?

Le point de vue des enseignants

Le premier point important a été de de préparer des activités en amont de l’expérimentation pour démarrer avec un stock de quelques badges et activités, de créer l’environnement internet, le mini-site qui donne à voir les badges aux élèves, mais aussi de présenter le projet à l’équipe de direction mais également à quelques collègues car c’était formalisé, concret.

Actuellement il y a près de 20 badges qui sont attribuables, en plus des badges collectifs. Le petit site qui donne à voir les badges comptent 600 connexions mensuelles, sachant que 50 élèves y ont accès, ce qui témoigne d’un attrait pour aller voir « ses » badges, mais aussi ceux des autres. « Je ne suis pas pour la compétition, je leur dit que ce n’est pas le but d’en avoir plus que l’autre, mais que c’est pour soi, pour se valoriser. Mais c’est vrai que çà les pousse. La semaine dernière un jeune est venu me demander si les autres avaient des badges, je lui ai dit d’aller voir… et bien avant-hier j’avais un travail de rendu… ».

Les pistes d’amélioration

En questionnant l’évaluation, le travail sur les badges réinterroge plus largement le rapport au savoir des élèves, mais aussi celui des enseignants. Aujourd’hui, mais c’est aussi le début, c’est l’enseignant qui tient l’ensemble du processus, à savoir définir le badge, son intérêt par rapport au cours, les critères d’obtention et de réussite, etc… A l’avenir, ce pourrait être en partie délégué aux élèves pour qu’ils puissent s’approprier plus encore les capacités développées dans le cadre de l’activité et peut-être mieux percevoir le sens et les enjeux des activités d’apprentissages qui leur sont proposées.

A travers les « compétences transversales », c’est aussi des attendus souvent non explicités qui peuvent être mis à plat entre collègues : c’est quoi d’avoir un cahier bien tenu ? De coopérer en classe ? D’être concentré, à l’écoute ? Mais c’est peut-être aussi l’occasion de creuser ces questions avec les élèves pour être explicite avec eux !

Enfin, un bilan sera réalisé en fin d’année, l’occasion de voir comment les élèves progressent dans l’idée de prendre du plaisir à « être » détenteur d’une capacité, de connaissances, etc… attestées par un badge, sans s’arrêter à l’idée « d’avoir » un badge comme possédant un trophée. Comme vous le verrez dans les paroles des élèves, certains mettent bien en avant l’intérêt d’apprendre des choses nouvelles… ce qui était un des buts d’Emilie.

 

Rédaction

François Guerrier Agrocampus-Ouest

Emilie Stien Institut de Genech

 

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Mots-clés : Evaluation, autoévaluation, Motivation, engagement, Numérique éducatif, Pédagogie par le jeu. Jeux sérieux, Reconnaissance de compétences

Voie de formation : Formation initiale
Niveau de formation : VI (4e et 3e)
Initiative du dispositif : Locale
Structure d’appui : Etablissement National d’Appui
Référent : Christophe Dempierre ,christophe.dempierre@agriculture-gouv.fr

Etat de l’action : En cours
Nature de l’action : Innovation

Action du Dispositif National d’Appui : Pollen

 

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